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Album

Heniek

Description

Label : Tsuku Boshi (association Gummi Gumi)

Délicat comme le vieil album jauni des photographies d'un fantasmatique yiddishland, où les visages ridés plongent leurs yeux dans l'appareil. Empli d'instants de chansons, de notes pianotées attrapées par une fenêtre ouverte qui donne sur un salon de musique. Vinyles rayés qui crachotent sur une platine. Manteaux épais et rapiécés, bonnets, bouts de laine, timbales tordues, enfants mutiques aux yeux immenses. Heniek possède l'intensité immédiate, fulgurante, d'un éclat de soleil sur du givre. Ecrit dans la lumière.

Musique des premiers redoux - des premières fontes, premières verdures - musique ni glacée ni frileuse, mais musique crevant l'hiver. Ici, le givre est électronique. Pour la trame et le jeu de perturbations, ou pour les grondements et accrocs multiples qui viennent balafrer le chant. Pour l'écriture aussi : chansons continues, sans couplet ni refrain arrêtés. Sous le givre, le caractère cristallin vient du toucher du piano, répétitif et moelleux, à la fois rythmique par la ténuité de ses motifs et amorti. La voix, quand elle est présente, chantant en français, en allemand, en yiddish, est très aiguë, avec des qualités amoureuses. Voix qui murmure souvent et qui séduit immédiatement.

Elle se montre pourtant sensiblement plus audacieuse dans l'écriture que ses consoeurs. Poussant même la trille à l'occasion. Plus ambitieuse et moins pop. La voix à l'œuvre ne cherche pas la séduction ; elle est présence. Inquiétante d'ailleurs. Petite fille qui paraît trop vieille et trop chargée, sa voix trop ferme, qui toise, les yeux grands ouverts, les machines expérimentales et son ordinateur. Car cette musique, en apparence aussi diaphane et intuitive qu'un rêve, est très scrupuleusement composée. Traversée d'une tension, d'une dureté parfois, qui contrebalancent le rêve et la douceur du violoncelle. Le point d'équilibre entre une écriture exigeante, l'expérimentation, et la simple séduction est a priori difficile à trouver, et rarement atteint. On paye souvent par une relative opacité les ambitions dont l'on a choisi de nourrir sa musique. Ici, le point d'équilibre signe l'identité d'Heniek.

Écouter Heniek, c'est comme recréer une installation d'art contemporain dans son séjour : demoiselles et fantômes, souvenirs, nostalgie, impressions, odeurs se déploient lentement, doucement, fermement. Lodz est d'ailleurs très soucieux de son univers visuel, comme le montre le très beau digisleeve livré avec le disque, et ses trois photographies, ou son site myspace : archive personnelle, collecte de vers, de clichés, etc. La musique procède par emprunts, découpages et ajouts, par voilements et perturbations, alentissement et gauchissement, par séquences passées à l'envers, par boucles de piano, détournements et détours, chipant une citation à Ravel ou Bartok, ou Rilke, pour construire une atmosphère très personnelle dans un univers néo-classique aux réminiscences impalpables, mais nombreuses, souvent hypnotiques. L'électronique apporte une touche acide, parfois râpeuse, dans les compositions, barbelant leur douceur première.

Un univers d'une familière étrangeté et d'une insidieuse beauté, hanté par la réparation, la blessure recousue d'un gros fil, les laines, les mitaines. Idéale pour l'hiver, cette musique est angora. Un angora mental.

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