Il est question de frustration libératrice dans ce terrifiant deuxième album, que We are Unique ! Records est très fier de sortir. Pour donner suite à l’approche ludique du premier album, rendue possible par les couches multiples du 4-pistes, Lætitia investit dans une pédale d’effet lui permettant d’échantillonner et d’accumuler en direct des boucles sonores. Autrement dit une loop station. Ce sont les premiers mots prononcés par Raymonde Howard dans For All the Bruises, Black Eyes and Peas, et n’y voyez aucun hasard. La boucle, souvent courte, rapide, accrocheuse, est la base de la composition de cet album. Pourtant, il serait impossible de le cantonner à un exercice d’électro lo-fi à la Solex ou Juana Molina (pour citer deux exemples convaincants) : Raymonde Howard est une véritable ‘songwriteuse’. « The Raincoats are here» ou « Song to shoot him » ne sont pas de simples ritournelles qui restent à la surface des choses : ce sont des chansons ; plus encore, ce sont des blues antiques, sans âge, que le talentueux producteur stéphanois Ives Grimonprez a su capter avec classe et sobriété. Deux idées géniales parmi beaucoup d’autres : dans « The naked line », insuffler une réverb sèche et estampillée Joy Division sur chaque 4ème coup de caisse claire. Sur « Stay with me », placer un micro devant le pied de Lætitia, en train de battre la mesure.
Raymonde Howard maîtrise dans cet album un art qui se perd : celui de la durée. Là où « Great minds think alike » a besoin d’espace pour se dérouler pleinement, « Song to shoot him » saute, griffe, et laisse pantois. Tout est calculé, et pourtant tout est instinctif. La preuve : « Almost go unnoticed », chanson aussi immédiate et brute que les meilleurs passages des premiers PJ Harvey, est improvisée. On dirait qu’un secret archaïque est remonté des profondeurs pour passer par le ‘filtre Raymonde Howard’, sans autre intermédiaire.
Justesse du temps, justesse du ton. Ne vous laissez pas avoir par la colère apparemment rentrée de Raymonde Howard, même dans les « fuck you » criés au loin à la fin de « Great minds think alike ». On pourrait croire que ça reste entre les dents, mais derrière les masques moqueurs, voire cyniques, de « The sculptress » et « Who’s got the girls », c’est le thème de la rupture qui gronde. N’oubliez pas ce à quoi l’album est dédié : l’ecchymose, l’œil au beurre noir. La colère revancharde de la femme éconduite, délaissée, malmenée. L’heure de Raymonde Howard a sonné : fini de faire les malins.
En concert, Lætitia joue soit seule avec sa guitare et sa loop station, soit accompagnée par le batteur Fabrice, complice du versant punk. Ne manquez pas l’occasion de la voir : Raymonde Howard en concert, c’est le concentré de charisme et de danger le plus touchant qu’il nous ait été donné de voir.
| 01 The naked line | 02' 44" |
| 02 The sculptress | 01' 25" |
| 03 Stay with me | 03' 19" |
| 04 The raincoats are here | 02' 47" |
| 05 Song to shoot him | 00' 56" |
| 06 Who's got the girls? | 03' 12" |
| 07 Great minds think alike | 04' 22" |
| 08 Almost go unnoticed | 03' 06" |