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Album

Al Abama

Description

Louis Warynski alias CHAPELIER FOU l’avait annoncé en publiant ses deux premiers EPs (« Darling, Darling, Darling... » et « Scandale! ») en mai et novembre 2009 : ce serait une trilogie. Voici venu enfin le dernier élément de ce singulier triangle, qui l’air de rien aura marqué le passage dans une nouvelle décennie avec des explorations musicales à la fois totalement inédites (peut-on encore parler d’electro ?) et pourtant captivantes pour un large public.

Rappelons rapidement que le messin a étudié le violon au conservatoire mais s’en est échappé avant de revenir y approfondir la musique du côté théorique (au point de devenir professeur de « formation musicale », c'est-à-dire de solfège). Découvrant l’electro lors de ses années lycées, il passe par le sampling puis trouve finalement plus intéressant de créer lui-même sons et boucles qu’il superpose avec son violon, ses synthés, sa guitare... Seul en scène, il impressionne par des performances de haut vol qui en font par exemple une des plus belles Découvertes du Printemps de Bourges 2008 ou le jeune talent le plus remarqué des Eurockéennes 2009. Il revient à Bourges au printemps 2010 alors que vient de paraître son premier album « 613 », couvert d’éloges par tous types de médias et vrai succès public. S’en suivront des dizaines de concerts en France (Francofolies, Bataclan, Vieilles Charrues…) comme à l’étranger (Sziget, Paléo, Dour…).

Alors qu’il poursuit une route désormais très internationale (il sera en Chine au moment où sort ce 3e mini-album), CHAPELIER FOU nous livre de nouveau quelques pépites afin de compléter une trilogie, donc, qui a pour vocation de fixer sur disque certains titres antérieurs à « 613 »… et néanmoins familiers à ceux d’entre nous qui ont pu le voir sur scène. On sait que le jeune homme nourrit parfois sa création de bidouillages improvisés, mais qu’il aime aussi partir d’une idée très théorique ou d’une logique sous-jacente qui peut être purement conceptuelle, et pourtant souvent invisible pour l’auditeur, transporté quant à lui dans un monde quasi cinématographique. Pour une fois, Louis nous en dit un peu plus sur chacun des cinq titres de ce troisième et dernier EP que l’on appellera sans doute « Al Abama » en référence à la première piste du disque : « un très vieux morceau mais qui n'avait jamais été enregistré… mon orgue Farfisa nouvellement acquis m'a fait franchir le pas ». Right Place and time left , morceau ancien lui aussi, « a été revu et augmenté, fort de son vécu en live » explique Louis, « c'est le gros Stück ! »…

CHAPELIER FOU reste volontairement et logiquement plus évasif au sujet de Mystérieux message, « un sample de voix qui est lu par des oscillos qui le rendent inintelligible, le tout enveloppé d'arpeggiators désynchronisés » (rien que ça !)… En revanche Louis ne se cache pas lorsqu’il lorgne du côté de certaines de ses (nombreuses !) influences et références, comme pour La bonne orthographe, « un peu en clin d'oeil à certains morceaux de Prefuse 73, une sorte d’étude sur des samples de violons confrontés à des patterns de gamelan et une alternance de mesures binaires et ternaires ». Le musicien chevronné comme l’auditeur néophyte y trouveront leur compte et c’est là que CHAPELIER FOU force le respect… même s’il prend un malin plaisir à brouiller un peu les pistes. En témoigne ce qu’il dit du morceau qui vient clore ce troisième EP et en quelque sorte boucler la boucle de ses premières aventures musicales : Hahahahaha ? « fait référence aux dernières secondes du disque "Rock Bottom" de Robert Wyatt. Ce "rire interrogatif" pose la question : ce morceau doit-il être pris au sérieux ? Ou plutôt doit-on vraiment ne pas le prendre au sérieux ? »

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